Le mental de Moise Kouamé à Roland-Garros 2026

Il menait 6-1 dans le tie-break le plus fou de Roland-Garros. Et il a fait l’erreur que tu fais toi aussi, sans le savoir.

17 ans, deuxième tour de Roland-Garros, 4h56 de match, un super tie-break final remporté 10-8. Sur le papier, c’est l’histoire d’un exploit. Dans le détail, c’est surtout l’histoire d’un piège mental que Moïse Kouamé a vu venir juste à temps, et qui aurait pu lui coûter le match. Ce piège, n’importe quel joueur amateur le connaît : penser au score avant que le match ne soit terminé.

Il y a des matchs qui marquent parce qu’on y gagne facilement. Et il y a des matchs qui marquent parce qu’on y apprend quelque chose, même en gagnant. Le deuxième tour de Moïse Kouamé à Roland-Garros, face à l’Argentin Adolfo Daniel Vallejo, appartient clairement à la deuxième catégorie.

À seulement 17 ans, le Français a déjà vécu une semaine entière de montagnes russes à Roland-Garros : une victoire au premier tour contre Marin Čilić, puis ce duel interminable contre Vallejo où il mène deux sets à rien, se fait rejoindre, se retrouve mené 5-2 dans le cinquième set, recolle, et finit par arracher un super tie-break complètement fou.

Avec cette victoire, il devient le plus jeune joueur à atteindre un troisième tour de Grand Chelem depuis Nadal à Wimbledon en 2003, et le plus jeune à remporter son premier match en cinq sets en Grand Chelem depuis Boris Becker à Wimbledon 1984.

En tant que coach en préparation mentale, ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas le record. C’est ce qui s’est joué dans sa tête pendant les dix dernières minutes du match.

Le mental de Moise Kouamé à la loupe : ce que le super tie-break a révélé

6-1, et le cerveau qui change de mission

Dans ce super tie-break décisif du cinquième set, Moïse Kouamé part fort : il remporte les cinq premiers points et mène 6-1. À ce moment précis, sans s’en rendre compte, il change de mission. Il ne joue plus le point en cours. Il calcule. Il l’a raconté lui-même en conférence de presse, avec une honnêteté rare pour un joueur de 17 ans :

« À 6-1, je me suis dit qu’il me restait 4 points à gagner. Puis à 6-2, il m’en restait encore 4. Et à 6-3, encore 4. »

Cette phrase résume parfaitement le piège. Mener 6-1 et se dire « il me reste 4 points » revient à se projeter sur la victoire avant de l’avoir obtenue. Le cerveau quitte le point présent pour aller calculer un futur qui n’existe pas encore. Et pendant ce temps-là, Vallejo a recollé point après point, jusqu’à revenir à 6-6.

Le déclic : arrêter de compter

Ce qui rend cet épisode passionnant, ce n’est pas que Kouamé ait pensé au score. Tous les joueurs le font, à tous les niveaux. C’est qu’il l’a remarqué en plein match, et qu’il a choisi d’arrêter. Sa propre description du déclic est limpide :

« Et là, j’ai arrêté de compter parce que je me suis dit, je pense que c’est plus nocif qu’autre chose. Et je me suis juste battu, battu, battu. »

À 7-7, il sert un ace. Puis un coup droit croisé l’amène à 9-8. Il conclut juste après. Entre le 6-3 où il comptait encore et le point final, il n’y a qu’une seule chose qui a changé : il a arrêté de regarder le tableau d’affichage, de penser au score pour revenir au seul point qui comptait, celui qu’il était en train de jouer.

Ce que les médias ratent sur le mental de Moise Kouamé

La couverture de ce match a surtout retenu l’exploit physique et les records de précocité signés par Kouamé à Roland-Garros. C’est mérité : tenir 4h56 à 17 ans contre un joueur du circuit professionnel, ce n’est pas rien. Mais ça passe à côté de l’essentiel.

Ce qui s’est vraiment joué dans ce super tie-break, c’est la capacité à se surprendre soi-même en train de sortir du moment présent, et à s’y ramener avant que ça ne coûte le match. La plupart des joueurs, même expérimentés, ne remarquent jamais ce glissement. Ils se contentent de subir le retour de leur adversaire sans comprendre pourquoi leur jeu s’est soudainement crispé. Kouamé, à 17 ans, a identifié le mécanisme en plein match. C’est une maturité mentale rare, bien plus rare que le talent technique qu’on lui prête déjà.

Ce que ce super tie-break t’apprend sur ton propre mental

Penser au score, c’est déjà te voir gagner

Tu as déjà vécu ce moment où, en menant largement, tu commences à calculer : « il me faut juste deux jeux », « encore 3 points et c’est gagné ». Et c’est précisément à cet instant que ton bras se met à trembler. Ce n’est pas un hasard. Penser au score, c’est se voir déjà en train de gagner, donc se projeter dans un futur qui n’existe pas. Pendant ce temps, ton corps doit pourtant produire un geste précis, ici et maintenant, sur la balle qui arrive. Le décalage entre les deux, c’est exactement ce qui te fait faire une double faute au service, rater un coup droit facile, ou perdre cinq points d’affilée comme Kouamé contre Vallejo.

La vraie compétence mentale, c’est de se rattraper en cours de route

Ce qui distingue Moïse Kouamé, ce n’est pas qu’il n’a jamais pensé au score. C’est qu’il s’en est rendu compte avant la fin du super tie-break, et qu’il a corrigé en direct. À ton niveau, ça veut dire repérer les signaux : tu commences à sourire avant la fin du point, tu jettes un œil au panneau de score, tu penses déjà à ce que tu vas dire à tes potes après le match. Ce sont des signaux d’alerte qu’il faut prendre en compte, pas des détails anodins.

J’ai justement fait une vidéo complète sur ce sujet précis, celui de penser au score en plein match et comment revenir au point présent : tu peux la regarder ici. C’est exactement le mécanisme que Kouamé a vécu en direct face à Vallejo.

L’intention sur le point, pas sur le résultat

Quand Kouamé dit « je me suis juste battu, battu, battu », il décrit en réalité un changement d’intention. Il est passé d’une intention tournée vers le résultat (gagner les 4 derniers points) à une intention tournée vers l’action (jouer ce point-là, le mieux possible). C’est ce changement, plus que le talent ou la condition physique, qui a fait basculer la fin du super tie-break contre Vallejo en sa faveur.

À ton prochain match serré, la question à te poser n’est pas « combien de points me reste-t-il ? » mais « qu’est-ce que je veux faire sur ce point précis ? ». La première question t’éloigne du court. La seconde t’y ramène.

Et toi, tu penses au score ou le prochain point à jouer ?

Le cas Moise Kouamé à Roland-Garros est précieux parce qu’il montre qu’on peut se faire piéger par le score en menant largement, et s’en sortir quand même, à condition de le repérer à temps. Beaucoup de joueurs amateurs vivent l’inverse : ils ne s’en rendent compte qu’après, en se demandant comment ils ont pu perdre un match alors qu’ils menaient largement.

Tu n’as pas besoin d’un super tie-break à Roland-Garros pour travailler ça. Tu peux travailler ça dès ton prochain match où tu sens que tu commences à penser au score au lieu de jouer chaque point.

Pour aller plus loin, j’ai rédigé un guide complet sur la préparation mentale au tennis. Et si tu veux qu’on travaille ensemble ta capacité à rester sur le point présent quand l’enjeu monte, je propose une séance découverte gratuite.

Stéphane Franco

Coach en Préparation Mentale Tennis

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